Avoir ses règles au travail, une vraie galère !

par | 20 Avr 2023

À l’heure où la plupart des entreprises accordent une importance grandissante au bien-être de leurs équipes, le sujet des règles reste encore absent des débats sur la qualité de vie au travail. Une véritable lacune car il concerne une part importante des effectifs et peut donner lieu à des difficultés, y compris sur un plan très « pratico-pratique. » C’est en effet ce qui ressort de nos échanges avec sept salariées issues d’univers professionnels variés et Aline Bœuf, autrice d’un mémoire sur la façon dont le cycle menstruel est vécu en entreprise.

Les règles au travail

Des conditions de travail encore très inadaptées aux règles

Selon Aline Bœuf, les règles sont non seulement taboues, mais « le monde du travail reste aussi pensé par les hommes pour les hommes. » Voilà qui explique que les femmes soient régulièrement confrontées à l’absence de prise en compte de leurs besoins particuliers.

Le problème de l’accès aux toilettes

Qui dit « règles » dit « besoin de toilettes », les menstruations nécessitant de changer régulièrement de protections périodiques. Rien de bien compliqué a priori… sauf que les toilettes ne sont pas toujours accessibles facilement, cela étant particulièrement vrai pour les personnes ne travaillant pas (ou pas toujours) dans des bureaux.

Lola témoigne ainsi de son expérience lorsqu’elle travaillait dans un grand parc d’attraction : « Il fallait traverser tout le parc pour accéder aux toilettes que le personnel avait le droit d’utiliser. »

Même problème pour les métiers impliquant des déplacements, comme l’explique Karol, ambulancière : « On peut rester quatre ou cinq heures sans toilettes à proximité ou enchaîner les interventions sans pouvoir s’arrêter. Souvent, la plus grosse difficulté est donc de se trouver au bon endroit au bon moment ! ».

S’ajoute à ce constat l’impossibilité, parfois, de pouvoir cesser son activité professionnelle pour aller aux toilettes. Dans ce cas, raconte Anne-Laure, le stress peut vite prendre le dessus : « Dans mon premier CDI, j’étais très souvent sur des salons et foires pour renseigner les prospects. Autant dire que je ne pouvais pas quitter mon poste et que j’ai vécu des journées interminables, comme à la Foire de Paris, où je surveillais de très près mon pantalon. »

 

L’inadaptation des toilettes aux règles

Dans le mémoire qu’elle a réalisé dans le cadre de son Master en sociologie à l’Université de Genève (« Vivre son cycle menstruel dans le monde professionnel : expériences multiples et préoccupations communes »), Aline Bœuf pointe les problèmes pratiques liés à la configuration des toilettes, chaque cabine individuelle étant rarement dotée d’un lavabo.

Des « tactiques » se mettent donc en place pour tenter de concilier hygiène et discrétion.  C’est ce que rapporte Charlotte, cheffe de projet : « Quand tu as mis un tampon et que tu as un peu de sang sur les doigts, tu espères juste que personne ne soit là au moment de te laver les mains ! Et avec une cup, tu fais comme tu peux en essuyant avec du papier toilette… ».

Karol, utilisatrice de coupes menstruelles, souligne le fait qu’en réalité, seules les toilettes adaptées aux personnes en situation de handicap lui permettent de disposer de bonnes conditions pour changer de protection : «  Dans mon métier, je fréquente beaucoup les services hospitaliers et la plupart des toilettes possèdent un lavabo intérieur. Mais il m’est arrivé de culpabiliser à l’idée d’utiliser les toilettes pour personnes à mobilité réduite dans d’autres espaces. »

Autre problème, loin d’être anecdotique lorsque les toilettes sont mixtes : l’absence de poubelle individuelle ! Anne-Laure se souvient ainsi avoir caché des applicateurs usagés dans du papier toilette puis dans une petite trousse, de façon à pouvoir les jeter ensuite « à l’extérieur de l’entreprise. »

 

La question du bien-être physique et mental

Crampes utérines, spasmes, maux de dos…même si ce n’est pas le cas pour tout le monde, les règles occasionnent souvent des douleurs, lesquelles présentent une intensité variable d’une personne à une autre.

Sur ce point, et sans même aborder la question du congé menstruel, Aline Bœuf considère que les femmes ne bénéficient pas de solutions qui seraient pourtant simples à mettre en place : « Il n’y a pas que le problème des infrastructures. Par exemple, en entreprise, il n’y a pas d’espace pour s’allonger cinq minutes, ou encore de bouillotte quand on n’est pas bien. Se pose aussi la question de pouvoir prendre des pauses adaptées. »

Plus profondément, c’est selon elle le tabou des règles qui fait de celles-ci un « non sujet », de mauvais messages transmis depuis l’adolescence empêchant les femmes de proposer des aménagements ou de profiter de ceux qui seraient envisageables. De ce point de vue, elle salue les initiatives consistant à installer des distributeurs de produits menstruels en entreprise : « L’absence de gratuité des protections est à mon avis une autre grosse inadaptation et la distribution gratuite en entreprise serait déjà une première étape clé. Même si les gens ne les utilisent pas, c’est un signal que c’est normal d’avoir ses règles. Je prends toujours l’exemple du papier toilette : on ne vient pas au travail avec son papier toilette donc je ne vois pas pourquoi on devrait venir avec ses produits menstruels. »

Les règles sont une source de stress au travail

Si les règles génèrent des inégalités, c’est en partie parce qu’elles font peser sur les femmes une charge mentale spécifique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que celle-ci est particulièrement lourde dans le milieu professionnel.

L’angoisse de la tache

Après avoir mené une dizaine d’entretiens qualitatifs, Aline Bœuf l’affirme : la peur d’être tachée arrive sur le podium des préoccupations communes à toutes les femmes. « Ce n’est pas une tache comme les autres » commente-t-elle. « Elle est située dans une zone intime, sur les fesses et est causée par un produit qui vient de nous. Je pense qu’il y a des angoisses liées à l’adolescence, sachant que dans le monde du travail, la peur du jugement et le contrôle de soi restent importants. »

Une explication qui fait fortement écho au ressenti de Charlotte : « Il m’est déjà arrivé de perdre un tampon au travail, qu’il tombe par terre. D’un coup, tu as l’impression qu’on voit à travers toi, qu’on rentre dans ton intimité. »

Certaines femmes adaptent d’ailleurs leur tenue en périodes de règles, en s’imposant le port de couleurs foncées, comme Maud, qui travaille dans les ressources humaines : « Quatre jours par mois, je porte un pantalon noir et il est impensable de mettre autre chose, parce que c’est impensable d’avoir une tache. J’ai passé des journées au bureau à être obnubilée par cette crainte et le pire, c’est que je n’ai jamais eu d’accident au point que mes règles traversent le pantalon… Cette crainte me suit depuis le collège et je pense qu’elle est liée à mon souhait de maîtriser mon intimité ».

L’obsession de cacher tampons et serviettes

À l’évidence, la dissimulation reste une des manifestations les plus concrètes du tabou des règles, les stratégies pour cacher le sang menstruel ne consistant pas uniquement à se prémunir d’un éventuel « accident ».
C’est en effet ce qu’a constaté Aline Bœuf au cours de ses recherches : « Il y a aussi le fait de se cacher pour aller changer sa protection menstruelle, avec cette remarque récurrente de personnes qui disent aller aux toilettes en serrant le poing autour de leur tampon. »

Comme pour la tache, le personnel féminin recourt à  différentes « astuces » pour cacher tampons et serviettes, et ce dès le moment où il faut les sortir d’un sac ou d’un tiroir. Charlotte évoque en effet son objectif de « faire diversion » dans l’open space : « Tu sors des lunettes de ton sac ou n’importe quoi d’autre, tu fais mine de fouiller, tu essayes de faire en sorte qu’on ne se concentre pas sur la serviette que tu prends. »

Quand au déplacement jusqu’aux toilettes, elle se souvient de « beaucoup de serviettes cachées dans la poche arrière, et de tampons dans le soutien-gorge. » Cette dissimulation engendre d’ailleurs elle aussi des adaptations vestimentaires, comme le raconte Karine, ingénieure : « J’ai beaucoup travaillé dans un milieu d’hommes et le fait d’aller aux toilettes avec mes protections était pour moi un problème récurrent. Pour le contourner, j’évitais les robes, de façon à avoir des poches. »

À noter, encore une fois, que la question du trajet retour se pose également dans bien des situations, par exemple si les toilettes ne sont pas équipées de poubelles (auquel cas les personnes doivent revenir en dissimulant leur protection usagée) ou encore lorsqu’il est fait usage de protections lavables. Dans ce second cas, Marie, consultante, emploie volontiers le mot de « logistique » pour décrire à la fois la façon dont elle se munit d’une serviette propre et cache sa serviette utilisée au retour des toilettes.

 

La peur de manquer de protections périodiques

Règles qui arrivent en avance, oubli de prendre le nécessaire, flux très abondant… il existe bien des raisons, au travail comme ailleurs, de pouvoir manquer de tampons et de serviettes. Anne-Laure en a fait la désagréable expérience : « Je me suis déjà retrouvée sans tampon sur un salon et personne pour me dépanner. J’ai dû me fabriquer un substitut avec du papier toilette premier prix… J’ai également vu mes règles débarquer en avance lors d’un déplacement avec une équipe d’hommes, sans solution. Je me suis sentie très seule, en ayant peur de tacher mes vêtements, le matelas à l’hôtel ou encore le siège passager de la voiture de mon patron. ».
Depuis, et comme beaucoup de personnes menstruées, elle multiplie les endroits dans lesquels elle stocke des protections, que ce soit dans ses différents sacs à main ou son véhicule. 

Si comme nous, vous trouvez qu’il s’agit là d’un effort démesuré alors que les règles pourraient être vécues beaucoup plus simplement, rassurez-vous ! Sur le plan législatif, la situation du personnel féminin pourrait bien évoluer, puisque la proposition de loi pour une réelle prise en compte de la santé menstruelle prévoit l’obligation de garantir un accès adapté à la santé menstruelle en mettant à disposition une poubelle, un lavabo et un distributeur. Notre modèle Capsule a d’ailleurs été spécialement conçu pour vous aider à franchir le cap. Avec son système de recharge breveté et son design écoresponsable, il est l’allié idéal pour changer les règles en entreprise.

Crédit photo : Headway

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